La tapisserie d'Aubusson
Six siècles de luxe et de création

Mille fleurs à la Licorne, XVe siècle, Cité de la tapisserie, Aubusson
Mille fleurs à la Licorne, XVe siècle, Cité de la tapisserie, Aubusson

Depuis près de six siècles, la tapisserie d'Aubusson est synonyme de luxe et d'excellence des savoir-faire.

Elle a fait son entrée en septembre 2009 dans la prestigieuse liste du « Patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO » mais son aura nationale, comme internationale, n'a pas attendu ce classement.

Bénéficiant de la protection des Ateliers français sous François 1er, elle est promue Manufacture royale au 17e siècle sous Colbert, au même titre que la manufacture des Gobelins. Redevenus indépendants après la Révolution, les ateliers d'Aubusson et Felletin ont toujours maintenu une production reconnue. Les commandes d'État se faisant rare, c'est vers les arts mobiliers et les « tapis de pied » que leur production se tourne, avant qu'à nouveau, au cours du 20e siècle, leur force créative fasse renaître cet art ancestral de ses cendres. 

Verdure à la girafe, vers 1600, Musée des Hospices Civils de Lyon
Verdure à la girafe, vers 1600, Musée des Hospices Civils de Lyon
Jeux d'enfants : la danse, Atelier Maingonnat, 1720, Petit Palais, Paris
Jeux d'enfants : la danse, Atelier Maingonnat, 1720, Petit Palais, Paris

Des scènes mythologiques aux verdures prisées partout dans le monde, les cartonniers et lissiers d'Aubusson ont toujours tiré leur inspiration des artistes de leur époque : Jean-Baptiste Ourdy, François Boucher, Watteau, Charles Le Brun, etc. Aussi, dès la Seconde Guerre mondiale, des artistes comme Marcel Gromaire s'y installent. À sa suite, Jean Lurçat, libère les sujets tissés de la tradition et crée des modèles originaux en collaboration étroite avec les lissiers. Les pièces s'exposent, Aubusson sort de la production de commande et se démarque en cela à nouveau des Gobelins.

Retrouvant ses sources d'aspiration dans le présent, les projets tissés d'après les grands artistes du 20e siècle se multiplient : Braque, Calder, Cocteau, Picasso, Rouault, Le Corbusier, Léger, Prassinos, Soulages, plus récemment Garouste, Man Ray ou encore Tolkien, etc.

Tapisserie vers 1786 carton de J.B. Huet, Musée Grobet-Labadié, Marseille
Tapisserie vers 1786 carton de J.B. Huet, Musée Grobet-Labadié, Marseille
Verdure fine aux armes du comte de Brühl, XVIIIe, Cité internationale de la tapisserie Aubusson
Verdure fine aux armes du comte de Brühl, XVIIIe, Cité internationale de la tapisserie Aubusson

Après-guerre, Jacques Lagrange et Wogensky donnent à leur tour ses lettres de noblesse à l'art du carton en formant « L'Association des peintres cartonniers » dont on ne compte plus les noms de fameux artistes complets : Dom Robert, Jacques Fadat, Daniel Riberzani, Michel Tourlière, Jean-René Sautour-Gaillard, etc.

Miles Davis, Bernard Rancillac, Atelier R. Picaud
Miles Davis, Bernard Rancillac, Atelier R. Picaud

Entre patrimoine ancestral et création contemporaine, les artistes d'Aubusson se comptent, de nos jours encore, en une douzaine d'ateliers regroupant plusieurs dizaines de lissiers, mais aussi de cartonniers, de teinturiers répondant à des commandes d'état de création mais aussi de restauration (chantier du Grand Trianon de Marie-Antoinette). Internationalement, des programmes de création ou d'acquisition par les plus prestigieuses organisations à travers le monde voient toujours le jour, comme récemment l'Opéra de Sydney ayant acquis de gigantesques tapisseries d'après Le Corbusier.

Poursuivant une l'histoire plusieurs fois centenaire d'une des plus anciennes traditions des arts décoratifs, la tapisserie d'Aubusson ne cesse de se renouveler par sa recherche de talents contemporains et ses réflexions sur les nouvelles expressions des arts tissés.

Shadows, Man Ray (détail)
Shadows, Man Ray (détail)